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hors défi - défi les trucs du trocs-Sur l'étagère

Titre : Sur l'étagère
Rating : K +
Disclaimer : L'univers de Harry Potter est la propriété de J. K Rowling
Personnages : Severus, Eileen, un chaudron
Nombre de mots : 2596
Note :Je sais que je suis horriblement en retard et que le défi est passé depuis de nombreuses cacahouètes mais ce bidule est censé répondre aux défis Potion sujet 4 et aussi sujet 6 (je fais de la synthèse de sujets ^^), donc il est Xposté sur pompom_power 
Je n'ai pas mis les tags de défi pour ne pas me faire taper sur les doigts, de toute façon, je refuse tout punition corporelle non donnée par snapinou

Pour le défi, Dkado, je n'ai pas oublié, juste le manque de temps mais j'espère scribouiller avant la fin du mois

Sur l'étagère




Plus de deux ans que je végète sur cette étagère à attendre qu'un malheureux sorcier vienne enfin m'acheter. Il faut dire que je peux prétendre à la meilleure clientèle, je viens tout droit des Hauts fourneaux de la maison Tellier, un artisan chaudronnier qui perpétue l'art de sa maison tri-centenaire. Nous sommes peu à avoir eu le privilège d'être issus de ce foyer : quelques dizaines par an, ce qui explique le prix élevé et la clientèle fort peu nombreuse susceptible de pouvoir m'acheter. Enfin le prix où il serait censé m'acheter si je n'avais pas connu cet incident au cours de la phase de polissage.
Ne jamais être confié à un apprenti, surtout s'il a aussi une propension folle à faire des yeux globuleux à la jeune fille, chargée de la décoration. Quelques secondes d'égarement et je fus honteusement projeté sur le sol par un mouvement assassin de son bras. Je chutais, une bosse dans mon fondement. Une blessure dont je ne tire aucune gloire et si je vous la confesse maintenant, c'est que je suis sur le point de mettre fin à cette interminable attente.
Plus de quatre ans que j'espère que l'on vienne m'acheter : au début malgré ma disgrâce, j'attendais fermement un maître de potions aguerri, je connais ma qualité. Maintenant j'en suis réduit à scruter tous les visages qui franchissent le seuil de cette boutique du Chemin de Traverse; même ceux des premières années.

J'entends le carillon annoncer la présence d'une éventuel client, je voudrais bien attirer l'attention sur ma présence sur cette étagère, un petit bruissement de mon métal sur le bois, n'importe quoi susceptible de me sortir de là, mais je suis impuissant, je ne peux me mouvoir, je suis trop lourd, trop imposant.
Deux voix féminines, une fluette appartenant à une petite fille, sûrement une nouvelle élève de Poudlard et une plus grave, plus sèche. Je ne me fais guère d'illusions : qui s'amuserait à acheter un chaudron hors de prix ? Pourtant je sens des mains humaines sur moi, j'adore cette sensation là, serais-je tactilement émotif ? Oui admirez-moi dans toute ma superbe ! Regarder mes anses ciselées avec le poinçon de mon fabricant, et ma forme bien dodue, mon métal épais qui saura vous accompagner dans l'élaboration de toutes vos potions. Oui je vous promets la plus grande réussite avec moi, mais achetez-moi s'il vous plait. Je hurle intérieurement cette complainte. On me retourne, non, il ne faut pas ! Vous me verrez de mon mauvais profil !

Les mains s'éloignent de moi. Je sais bien que c'est raté, je vais finir mes jours sur cette étagère. Cela met combien de temps à se dégrader un chaudron ? Quelques milliers d'années Je me désespère : je vais être le premier chaudron à devenir dépressif !
Les mains viriles du propriétaire me prennent avec une délicatesse inhabituelle. Quelle forfaiture va-t-il s'amuser à commettre à mon égard ? On me met dans un carton, je ne ne touche plus la terre ferme. Je suis balloté comme un vulgaire colis. Serait-il possible que... ?

Quelques heures plus tard, des petites mains viennent ce poser sur moi, c'est doux. C'est la voix de la petite fille. Qu'importe qui tu es, tu sais que je t'aime déjà ? Enfin disons que je suis satisfait que tu aies pu voir ma vénérable valeur, mais ne t'attends pas à une quelconque reconnaissance, je suis un chaudron qui ne se lie pas facilement. D’ailleurs je n'ai pas d'ami. Les autres chaudrons me trouvaient prétentieux! Les ignares, ces mollusques en acier galvanisé, moi qui suis confectionné dans la fonte la plus pure !
A quoi ressembles-tu ? Es-tu bonne en potions ? J'oublie que tu n'es qu'une petite fille, mes rêves de maitre de potions perdurent encore dans ma mémoire. Dans quelques semaines, tu m'emmèneras avec toi à Poudlard, j'en suis certain.

Les premières feuilles de l'automne viennent de tomber et je suis comme je l'espérais dans le dortoir d'un élève de Poudlard. D'après ce que j'ai pu entendre, je suis dans celui des filles de la Maison Serpentard et j'appartiendrais à Prince. Si je n'ai pu satisfaire mes aspirations académiques, au moins le patronyme sonne agréablement.
Plusieurs cours de potions et aucun travaux pratiques. Je n'aime pas du tout ce Slughorn, quelle idée de vouloir présenter la théorie. Ce n'est que vide de l'âme et j'aspire à l'ivresse de la sensation d'une potion qu'on élabore en moi. Serais-je à la hauteur ?
Mais aujourd'hui est le grand jour, on me remplit d'eau, ça me chatouille, j'adore ça. Je vais enfin voir ma propriétaire : son visage va se mirer dans l'eau. Je suis impatient de... Oh, la pauvre ! On ne peux pas dire qu'elle a été gâtée par la nature : un visage longiligne, des tresses dignes d'une squaw et un teint si blanchâtre que je ne peux m’empêcher de pousser un petit cri de joie : en contraste je fois apparaître à mon avantage, des plus éclatant ! Avec le temps peut-être qu'elle s'améliorera et qu'importe le flacon comme on dit.Je l'entends couper, ciseler, broyer les ingrédients près de moi, concentrée sur l'effort, d'ailleurs lorsqu'elle se penche je remarque que ses sourcils se froncent, scrutant chaque changement opéré par l'ajout d'une herbe. Elle me touille, cinq fois dans le sons des aiguilles d'une montre, cinq fois de l'autre côté et elle laisse reposer. C'est sa première potion, elle s'en est bien sortie et je n'ai même pas eu besoin de l'aider. Je serais presque fier d'elle, enfin j'ai dit presque. Je ne m'attache pas, moi !

Quelques sorts lancés dans la salle et nos contenus sont vidés, nous sommes mis sur l'étagère de la classe de potions par nos propriétaire pour servir durant le reste de l'année. Je sais que je ne te verrais que lorsque tu auras cours et déjà je sens l'ennui revenir vers moi à grand galop. Je suis encore humide, les sorts c'est rapide, mais ce n'est vraiment pas la panacée : il reste toujours des petit bouts d'herbes ou d'animaux coincés au fond de nous, c'est indigeste, désagréable. Non rien ne vaut un bon nettoyage manuel. Je sens un chiffon sur ma cuirasse et à l'intérieur de moi, elle m'essuie. Si j'étais une chocogrenouille, je sauterais sur elle pour l'embrasser. Hé, un peu plus à droite tu vas oublier cette herbe là sous la hampe ! Mais déjà elle est partie. Ce n'est pas parfait mais au moins elle tente de prendre soin de moi et quand la nuit j'entends mes compagnons parler de cette première expérience, aucun ne fait mention d'un propriétaire aussi attentif que toi.

Maintenant tu es devenu une jeune fille, presque une femme. Tes traits se sont affinés, tu n'es pas devenu une belle personne mais tu as un certain charme et j'en suis venu à t’apprécier. Tu n'égaleras jamais le prestige et l'éclat d'un maître de potion mais tu as du potentiel, un sacré potentiel d'ailleurs. Je me demande si je te poussais un peu, tu pourrais peut-être devenir la première femme professeur de potions de Poudlard. Je me perds encore dans mes rêves de gloire, tandis que toi tu te perds dans le regard sombre d'un inconnu rencontré lors de cette rentrée.

Les A.S.P.I.C.S approchent et malgré le travail fourni, je sens que ton esprit est ailleurs. Il t'est arrivée plusieurs fois de ne pas t’occuper de moi en fin de confection d'une potion. C'est désagréable, je suis habitué à un certain standing ! Il t'est même arrivé de rater une potion, c'est inadmissible !

C'est la fin de l'année, l'épreuve de potions commence et rien qu'à la manière dont tu me saisis, je vois ta nervosité. Tes mains sont moites, ton pouce et ton index droit sont crispés sur ma anse. Tu sais fort bien que si tu continues à me tenir ainsi, tu vas te faire de mal. Mais n'est-ce pas ce que tu cherches Eileen ?  Taire la douleur. Oublier les quolibets dont tu es victime, devenir impassible. Comme la première fois où tu as agis ainsi avec Lestranges ou un truc dans ce genre. Tu m'avais emmené de Poudlard pour les vacances et de retour j'étais dans ton dortoir, j'entendis les mots se moquant de ta physionomie, les rires de tes camarades sifflant leur adhésion aux propos du loup de la meute et surtout je n'entendis aucun son sortir de toi, pas un bruissement pour marquer ta présence. Juste ces deux doigts qui se referme sur moi. Ceux qui marquent ta colère, toutes tes frustrations, ta peine.
Aujourd'hui l'élève studieuse n'est plus là, préoccupé par des évènements dont je ne connais rien. Je déteste cela : te voir renoncer ton rêve ou bien n'était-ce que le mien de faire de l'élaboration des potions un art, sentir un élément inconnu dans ta vie que je ne comprends pas.

Tu élabores la potion demandée , celle du felix felicis, l'une des plus difficile, pour le moment tu t'en es bien sortie, pas assez de concentration pour qu'elle soit d'une couleur parfaite, mais assez correcte pour te permettre d'avoir une note acceptable.
« Trois tours, tu ne m'as tourné que trois fois au lieu de quatre » : tous nos efforts depuis des années vont être réduits à néant. Je ne peux laisser faire cela. Je m'appuie sur ma blessure, celle qui fait aussi mal à mon orgueil que ma cuirasse. Cette disgrâce pourrait me permettre de donner un mouvement de balancier pour que le liquide tourne encore une fois. Je tente, je hurle, je t’éclabousse. La potion à une couleur sensiblement proche de celle demandé. Les sorts du jury pleuvent pour vérifier : tu as réussis !

Ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard que tu me sors de la cave où tu m'avais mis dans un coin. La poussière, l'humidité, l'odeur rance qui se dégagent de ton logis me prouve que tu n'es plus au manoir Prince. Tu me nettoie avec une douceur incomparable, rachetant en quelques gestes toutes ses années d'ignorance. Qui eu cru que tu m'aurais autant manqué ? Je fus déçu de ne pas savoir que tu ne t'étais pas consacré aux potions, mais tu allais enfin t'occuper de moi. Lorsqu'enfin tu versas le liquide sur moi, je pus enfin revoir ton visage où les premiers sillons de la vieillesse commençait à apparaître. Triste, un visage triste. Et aussi cette main juvénile accroché à mon rebord. Mais qui oses donc me toucher ! Malappris, goujat. Ce visage. Ton fils. La même physionomie, le même regard, la même tristesse.

Et là je t'entends lui parler, lui donner son premier cours de potions, la même que celle que tu avais confectionné la première fois. Quel âge peut-il avoir sept, dix ans ? Pourtant le silence règne lorsque tu parles, il boit tes paroles. Tu aurais été un excellent professeur. Non je retire ce que j'ai dit, tu l'es. Seulement ce n'est pas une classe d'étudiant chevronné à laquelle j’aspirais mais le simple enseignement d'une mère à son fils.

Pendant de long mois, tu lui enseignas cela, refusant de lui raconter le moindre détail sur ta vie à Poudlard, la seule chose appartenant au monde sorcier que tu voulais partager était le monde des potions. Le reste, il l'apprendrait en temps voulu.
J’acceptai malgré moi que tu me confiasse à ton fils pour ses études à Poudlard. Parce qu'en faisant cela, je devenais un objet familial et plus le chaudron d'Eileen. Ton fils est doué, trop peut-être.

L'école est fini et contrairement à toi, il continue à m'utiliser, à confectionner et élaborer des potions. Je sens parfois les relents de la mort au fond de moi. Les potions mortifères sont légions, je suis un pourvoyeur de cadavres.

Un jour, un chaudron de très bonne qualité, je mentirai si j'affirmais le contraire vu qu'il vient de la même maison, me remplaça. J'avoue que j'en fus content. Je n'aimais pas ce qu'il faisait, je n'aimais pas ne pas avoir une emprise sur lui. Je déteste le sentiment de n'être qu'un simple objet.
Depuis ce jour là, je ne le vis que rarement : une seule fois par an, enfin c'est ce que j'estime en comptant le nombre de fois où j'ai senti la différence entre la chaleur de la lumière sélénique et céleste.


Je pourrais te réciter comme une poésie tous les gestes qu'il accomplit, leurs précisions horlogères, la minutie avec laquelle il prépare les ingrédients et comme toi, ses deux doigts se crispent sur mon anse lorsque vint le résultat final.
Tout d'abord, il me saisit avec fermeté, en silence. Aucun mot ne doit être prononcer. Parfois, je me demande pourquoi, il me choisit, moi au milieu de cette profusion de chaudrons. C'est une question qui restera sans réponse, il est trop taciturne et moi trop orgueilleux pour qu'il en soit autrement.

Sur la table, légèrement humidifié par le passage d'un sort Recurvite, il pose les ingrédients les uns après les autres dans l'ordre précis de leur exécution pour la potion. Je m'en rend compte par les minces vibrations que fait le bois lorsqu'un objet aussi léger soit-il ,est posé dessus. Le second est mis toujours à droite du premier et ainsi de suite jusqu'au dernier élément, une pointe de pétales d'aster. Les premières années, cela constituait une longue ligne, maintenant un carré parfait, peut être par facilité d'exécution ou pour avoir une forme simple; pratique et reposante pour l'esprit.

Il prend tout d'abord le premier élément, il cisèle les feuilles de laurier dans une gestuelle rapide, dure et sûre. Oui une certaine colère se dégage de son premier acte. Quelques secondes après, il redevient le maître de potions à la dextérité et technique parfaites, mais juste pendant cet instant là, j'ai l'impression de te retrouver un peu, l'émotion que je ressentais lorsque tu t'occupais de moi.
Après c'est un crescendo ininterrompu de métal bataillant avec le végétal, de la pierre extrayant la sève juste au moment où les ingrédients préparés forment un cercle parfait où il piochera pour confectionner la potion.

Je ne devrais pas, mais je redoute  le moment où il commencera à verser de l'eau pour le philtre. Je ne sais plus si c'est parce que j'éprouve une forme de ressentiment à son égard ou bien parce qu'il m'est difficile de voir dans son regard la douleur, seul élément qui se rappelle à moi pour m'indiquer qu'aussi mauvais puisse-t-il être, c'est aussi un homme.

Ce jour-là, sur sa figure, les signes de la fatigue sont ancrés durablement en lui. Je n'ai pas une bonne estimation quant aux signes de la vieillesse, en tenant compte de l'âge, mais il donne l'impression d'être un homme sans. Si vieux pour sa trentaine entamée, si jeune pour cette douleur non maîtrisée.
Le laurier trouble mon eau et commence le rituel qui embaume le laboratoire. J'aime particulièrement l'alchimie des parfums qui se dégage lors de l'élaboration de l'Amortentia. C'est étrange, j'ai toujours l'impression que lorsqu'elle pénètres en moi, elle ravive des souvenirs bien particulier qui me tienne à coeur : la chaleur étouffante, foyer créateur qui m'a donné vie , le fébrilité de l'eau que l'on déverse en moi et qui me rend la vue et cette odeur particulière, épicée, évanescente, toujours différente mais qui me rappelle l'une de nos collaborations.

La première fois qu'il confectionna cette potion, il plongea son nez proéminent et huma les parfums en les nommant comme pour graver les senteurs : celle du gazon anglais, le goût sucré du miel et cette odeur assez confuse évoquant la plume d'un oiseau. Chaque fois qu'il la confectionne, je vois ses yeux devenir brillants. Il ne pleure pas, mais c'est tout comme. Dans ces moments là, j'en viens même à ne plus le haïr.


La poussière me recouvre, mais là, cela n'a plus aucune importance, le dernier Prince n'est plus depuis hier. Je ne veux pas qu'une autre famille me prenne, je veux rester seul, être le dernier élément de cette famille.  je ...

Je suis un chaudron, je ne pleure pas, c'est juste l’hydrométrie trop importante qui ...
Je ne me suis pas attachée à toi, ni à ta famille. Non.

Je végète sur l'étagère et je veux y rester.

Tags: auteur : bagin31, fanfic, ss/eileen
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