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Hors Défi : As Simple As That

Titre : As Simple As That
Auteur : busaikko 
Traductrice (veinarde) : loreleirocks 
Bêta- readeuse : zazaone 
Hors-Défi
Pairing : Severus/Remus
Rating : PG-13
Nombre de mots : 9501
Notes: Héhé, aucun spoilers !
Disclaimer : La fic appartient à busaikko  et les personnages et l'Univers à Dame JKR

Dédicaces et Remerciements : Merci mille fois à Busaikko, pour m'avoir permis de traduire cette superbe fic, pour sa patience et sa gentillesse.
Merci à ma Zaza, beta de mon coeur, et qui séjourne en ce moment en mon humble cagibis et m'offre une semane d'enfant gâtée. Merci pour ce bêta compliqué et toute ta patience. Et je savais que tu aimerais cette fic pour son Snape et son point de vue inhabituel. Unique même.



"As Simple As That" ~ Busaikko


Le temps et l'amour conspirent contre nous. Pourtant, je crois que des victoires sont possibles. De petits triomphes. Des graines qui poussent dans les terres les plus stériles. Des secondes chances, dit-on.

A vingt deux ans, j'ai donné naissance à un enfant.

A quarante cinq ans, nous étions devenus des étrangers l'un pour l'autre, sans même un nom en commun. Je doute que nous eussions échangé un mot si nous nous étions croisés dans la rue.

L'année de mes soixante ans, j'ai ramené mon fils à la maison pour la deuxième fois. Notre Ministère l'avait brisé, ne lui laissant que la peau sur les os et le regard hanté. Le gouvernement, qu'ils pourrissent, avait dénudé son esprit, volé des décennies de souvenirs et avec eux, une grande quantité d'instincts naturels – suffisamment pour que les plus assoiffés de vengeance soient satisfaits et le laissent vivre ainsi, invalide. Tout comme la maison dans laquelle ils l'avaient finalement capturé, celle qu'ils avaient incendiée, il ne lui restait plus que les fondations, bien fragiles.

Il m'a reconnue quand je suis venue le chercher et a eu un mouvement de recul craintif dans son lit. "Ce n'est pas moi qui l'aie fait, maman," a-t-il dit. C'est alors que je me suis souvenu que mon garçon désorienté -- tout le portrait de son père, vous savez – avait une voix belle à faire pleurer les Dieux. Je l'avais oublié. C'était il y a si longtemps.

" - Je suis sûre que si," dis-je en ouvrant l'armoire pour la refermer aussitôt en la trouvant vide. Peu importe. En chemin, j'avais acheté des robes d'homme au rayon soldes chez Threadegood , ainsi que des sous-vêtements bien robustes en laine et une paire de bottes Tout'taille. Les femmes avec lesquelles je travaille avaient trouvé follement romantique que je le prenne en charge. Je savais que je l'étais. Folle, bien sûr. "Tu as déjà payé pour les crimes que tu as commis. La guerre est finie. Tu es en assez bonne santé. Il est grand temps que tu cesses de te prélasser. J'aurais bien besoin d'une paire de bras vigoureux à la maison et à la boutique." Je lui ai jeté le paquet et l'ai fait asseoir, déballer et s'habiller.

" - Je ne m'en souviens pas," dit-il comme si c'était douloureux. La longueur des manches était parfaite, mais l'ourlet des robes n'atteignait que ses mollets -- jambes assez longues, c'était le problème. Je tâcherais de m'en souvenir la prochaine fois. Je saisis ma baguette et rallongeais l'ourlet. Nous avions sans doute l'air d'une drôle de paire, tous deux vêtus de la tête aux pieds de noir, sans ornement, mes cheveux presque complètement gris. Tout comme les quelques mèches commençant à repousser sur son crâne.

" - Tu n'as pas besoin de te souvenir. Seulement de rentrer à la maison, Severus."


 

Il s'est avéré que je ne lui avait pas menti après tout : il n'avait pas besoin de se souvenir. Il était encore suffisamment intelligent, après quelques bons repas dans le ventre, pour apprendre, ou réapprendre, ce dont il avait besoin. La moitié d'une année avait suffi pour le remettre sur pieds.

Je travaille dans une petite boutique, la Nagging Hag, ainsi nommée parce que les trois tenancières étaient de la pire sorte de harpies tatillons. Les deux décennies précédant la première guerre de Voldemort avaient été marquées par des épidémies de maladies virulentes et des accidents malencontreux, terribles malchances ou machinations -- personne n'osait poser la question, naturellement – tuant de nombreux sorciers et sorcières qui auraient pu devenir suffisamment puissants pour s'opposer à lui. Parmi la génération de mon fils, tant avaient perdu un ou même leurs deux parents, leurs grands parents – Severus, lui, n'avait jamais connu un seul d'entre eux. Il n'en avait pourtant pas éprouvé le moindre préjudice.

Mes amies et moi, par le simple fait de notre âge avancé, sommes devenues particulièrement prisées. Les gens attendaient simplement que nous leur disions de se tenir droit et de manger leur soupe. Ils avaient besoin d'apprendre les sorts qui empêchaient leurs cheveux de ressembler à des hérissons hirsutes. Nos clients étaient devenus résolument fidèles – à nous semblait-il, car la nourriture que nous servions n'avait rien de particulier. C'était simplement de la cuisine familiale, celle avec laquelle nous avions grandi. Si vous apportiez un plat muni d'un couvercle, vous pouviez en emporter.Nous servions les repas dans la cuisine aux tables disparates récupérées au fil des ans. Nous vendions des tricots à côté de la caisse, moufles pendues sur un fil et couvre-chef pointus avec rabats pour les oreilles. Nous avions aussi corrompu les jeunes générations avec les bonbons à une mornille et les rimes polissonnes parlant de balais et de culottes. Nous faisions ce que nous voulions sans faire de mal à personne.

Je suppose que confier ce vilain petit canard aux soins de trois harpies mettait Severus dans une situation cocasse. Cependant il s'épanouissait, probablement par soucis d'autoprotection, sans qu'il n'y ait rien à redire aux résultats obtenus. A l'hôpital, l'équipe soignante m'avait prévenue que je devais m'attendre à lui trouver l'esprit vague en permanence. En effet, à l'hôpital il avait l'air d'un enfant égaré. Il y a une limite à la quantité de souvenirs pouvant être retirés et disséqués, avaient-ils affirmé, ainsi qu'aux heures de légilimancie pouvant être endurées. J'imaginais que c'était similaire à ces piles de boîtes de conserve que j'avais vues si souvent dans les magasins moldus : un gamin en retirait quelques unes de la base pour que tout s'effondre et un autre s'enfuyait avec tout ce qu'il pouvait emporter.

" - Il a quand même la tête sur les épaules," avait dit Cécile Blunte, particulièrement douée en pâtisserie et dont les tentatives d'inclure Severus dans les danses en ronde avaient été inévitablement désastreuses.

Lucy Cattermole avait approuvé. "Il comblera les vides bien assez tôt." Elle avait survécu à quatre maris et dépassait les cent ans. Elle croyait fermement en la nécessité de croquer la vie, partant en safari pour chasser le Nundu et prenant des cours d'acrobatie chinoise. C'était elle qui avait persuadé Severus d'informatiser notre comptabilité en ensorcelant ensemble un ordinateur afin qu'il fonctionne même dans le petit quartier sorcier où se trouvait la boutique.

Severus s'intéressait suffisamment à l'informatique pour prendre des cours à l'université moldue de l'autre côté de la rivière. Il prenait le bus et il envisageait, en marmonnant, d'acheter une voiture. Quelle ironie. Moi qui avait été si heureuse de me débarrasser de lui pendant son adolescence, de me libérer de cette tâche difficile à vous briser les reins, qu'est d'élever un enfant correctement. Et nous étions là, tous les deux, reprenant exactement là où nous en étions restés. A l'époque, nous vivions comme des moldus et il s'était enfui pour le monde sorcier. Aujourd'hui c'était le monde moldu, simple et nouveau, qui offrait à Severus le réconfort dont il avait besoin.

Du monde sorcier, il ne conservait rien d'autre que des cauchemars.

Au delà de son enfance, la plus grande partie de ses souvenirs n'était plus. Disparue. Bannie. Il était tout de même déterminé à les retrouver. Ce qui ne me plaisait guère. Pour moi, ils ne pouvaient rien être de plus qu'une source de problèmes. Mais il avait hérité de ma détermination. Il n'osait pas s'aventurer dans les grandes librairies mais de nos jours, tout est accessible par chouette : livres d'histoire écrits par quelque laquais du Ministère, vieux numéros de journaux et magazines, biographies non-autorisées de Potter, Dumbledore, Voldemort et bien d'autres – de Severus lui-même, écrite par un ancien élève, rien de moins. Sa chambre en regorgea vite. Il tapait des notes sans fin sur son ordinateur. Il apprit qu'elles avaient été ses connaissances et ses collègues, quelle avait été sa réputation personnelle, professionnelle, ce qu'il avait fait et ce que les autres prétendaient à tort. Après quelques mois à ce régime, les ombres ne quittaient plus ses yeux.

Bien sûr, nous ne parlions pas de ce qui le troublait – il avait la courtoisie de taire que je me réveillais parfois en hurlant, et j'en faisais autant pour lui – mais je savais. Tout le monde savait. Tout le monde savait qu'il était un traître, un assassin, un espion, un monstre avec lequel on effraie les enfants :" Au lit tout de suite ou Snape va te prendre et t'emporter ! ". J'étais terrifiée à l'idée que quelqu'un découvre qui il était, que l'étrange et silencieux fils de Mrs Dover (le nom sous lequel on me connaissait) était Severus Snape.

Durant quelques semaines, je me suis demandée ce que j'allais faire. Severus avait besoin de connaître la vérité : je le voyais se débattre entre spéculations et demi vérités malveillantes. Je n'avais rien à lui offrir – comme je le lui disais, il était un étranger pour moi.

J'avais encore la lettre reçue par chouette, m'invitant au moins à rendre visite à Severus à l'hôpital, à laisser les rancœurs passées de côté par égard pour mon fils. J'avais été exaspérée sur le coup, et encore aujourd'hui, de devoir quoi que ce soit à Remus Lupin. Je n'avais que mépris pour cet homme et sans doute ne m'aimait-il pas davantage. Sa lettre était restée sans réponse ; je suis seulement allée chercher Severus. J'avais espoir que Lupin fut blessé de ne pouvoir lui dire adieu.

L'ironie du sort était que j'avais empêché leur relation de mourir – et Lupin y aurait renoncé si j'avais prétendu que c'était pour le bien de Severus. J'avais repoussé l'échéance d'une semaine pour finalement me décider à envoyer une invitation en trois minutes avant le petit déjeuner, poussant la chouette par la fenêtre avec une précipitation chargée de culpabilité, pour ne pas être prise sur le fait ou questionnée.

Nous étions paisibles, n'avançant ni ne reculant. Les vérités lancées, nous ne serions plus qu'agitation et bouleversements. J'étais terrifiée. J'aimais mon fils – jamais je ne le lui dirai, nous n'étions pas de ces gens là – et parce que je l'aimais, je devais le laisser partir, retourner vers l'obscurité.



 

Dans mon souvenir, ce devait être Noël, ou peut être le Solstice ou la nouvelle année, quoi qu'il en soit, notre premier hiver ensemble après la fin de la première guerre. J'étais assise au coin du feu comme je le fais encore, raccommodant mon passe-montagne. Severus avait retourné sa chaise de bureau pour s'asseoir. Ses bras, épaissis par l'un des pulls surchargés de Cécile sous ses robes, étaient repliés sur le dossier de la chaise. Il m'expliquait les exploits de quelque algorithme complexe comme on parle d'un enfant turbulent mais précoce. Il commençait à peine à parler d'une tourte – allez savoir pourquoi – quand j'ai croisé son regard.

C'était comme tomber d'un balai. C'est ainsi lorsqu'un fantôme s'impose à vous. Je pouvais même sentir le passé, la puanteur de la moisissure, la pourriture, l'humidité de notre cuisine, la fumée huileuse de la lanterne, et par dessus tout, l'odeur confinée de l'alcool liant tout le reste :

Lena, fait taire ton mioche ou je te jure que cette fois – et je me souviens de mon visage lisse d'où glissait toute émotion alors que je lui souhaitais ténèbres et douleurs, à lui, pas à moi, pas cette fois. Et la rage qui montait en moi, cherchant quelqu'un de plus faible. Quand on est lâche, le plus vulnérable devient la meilleure cible.

Severus s'était immobilisé sur sa chaise – pourquoi cette maudite Umbridge n'avait-elle pas pu lui voler ces souvenirs là également? Mais ils n'avaient aucun rapport avec les guerres de Voldemort. Severus me regardait avec cet air ahuri qu'il avait à l'hôpital;

Je forçais mes mains à poursuivre leur tâche, passant le fil au coin de la déchirure. Le fil était violet ; mes points étaient déjà visibles, petits et réguliers, tout comme le tic tac de l'aiguille de l'horloge. Une minute avait dû s'écouler avant que je puisse à nouveau parler.

" Et bien, continue," insistais-je. Sans doute aurait-il été plus rassurant que je sourie. Mais je n'avais jamais été souriante ; "Tu en étais à la tourte." Severus cligna des yeux. "Je t'écoute," et il prit alors une grande inspiration, laissa retomber ses épaules et cessa d'avoir l'air effrayé.

Et voilà, je me censure moi-même. Il cessa d'avoir peur de moi. Cela signifie tout autre chose, n'est ce pas?

J'avais soixante ans, mais je me souviens très clairement de mon sentiment à ce moment là. J'étais fière de moi – j'apprenais comment l'aider – et fière de lui, pour avoir survécu.

C'est à ce moment là que j'ai commencé à l'aimer. sans doute devrais-je avoir honte qu'il m'ait fallu trente neuf ans, mais si je commence à me punir pour le passé, je ne m'en libèrerai jamais.

Alors je suis restée assise là, le visage rosi par le feu et un son précipité dans mes oreilles, tel un vol de pigeons en plein essor, et je l'aimais, tout simplement.

Je ne lui ai jamais demandé de quelle sorte de tourte il s'agissait, mais je pensais, et bien, s'il y avait de l'amour, alors peut être me pardonnerait-il.

Pour ne pas avoir compris la tourte. Et le reste.



 

" - Eileen," salua Remus. Je me levais pour le saluer. Je savais ce qu'il était. Et il savait que je savais. Il était difficile de ne pas nous voir comme des loups dansant l'un autour de l'autre. Nous nous déplacions avec la même politesse empreinte de prudence.

" - Remus." Je ne l'avais pas quitté des yeux depuis son entrée dans la boutique. Il était toujours mince, quoique ses épaules larges donnaient une illusion de robustesse. Ses cheveux attachés étaient plus cendrés que châtains désormais, atteignant ses omoplates. Les robes qu'il portait étaient quelconques. Il n'avait rien de remarquable – jusqu'à ce que l'on voit ses yeux. Ils donnaient l'impression d'avoir vu des choses terribles et d'y avoir échappé : c'étaient les yeux d'un juge.

Il s'assit sur le siège qu je lui désignais et me laissa servir le thé. Il me jaugeait.

" - Je suis navrée pour votre femme."

Il inclina la tête en signe de compréhension. "Je suis navré pour votre fils. Tout va bien pour vous deux, je suppose_?"

" - Parfaitement, prenez un scone."

" - J'ai entendu de bonnes choses sur votre magasin," reprit-il en se servant un scone à la crème de citrouille et regardant autour de lui. "Je ne sors pas souvent de Londres, mais je me suis dit que je passerai un jour ou l'autre. je ne savais pas que vous étiez… impliquée."

" - Copropriétaire, précisai-je. Seriez-vous venu si vous aviez su ?"

Il fit la grimace. "Probablement pas."

" - Je vous ai écrit au sujet de Severus," dis-je sans vraiment changer de sujet.

Il sourit, toujours prudent, mais avec une pointe d'humour. "C'est bien ce qu'il me semblait."

Quoique j'aurais pu m'en passer, je lui racontais comment était la vie de Severus à présent. Il savait écouter : silencieux, attentif, il donnait l'impression de comprendre immédiatement ce qui importait. J'étais vigilante à garder intacte ma haine pour lui. Son acuité n'était-elle pas due à quelque sens inhumain ? Pouvait-il sentir la peur, comme on en prétendait les loups-garous capables ?

Il laissa le silence s'étirer à la fin de mon récit puis dit doucement : "J'ai été surpris d'apprendre que vous l'aviez sorti de l'hôpital."

" - Je me doutais que vous le seriez ." Il me sourit, me signifiant que nous reprenions notre jeu : je sais que tu sais. "J'avais besoin de faire souffrir quelqu'un pour ce qu'on lui a fait, et je ne vous aime pas. Vous ou un autre, peu importe. Quoi qu'Umbridge eut été un meilleur choix."

" - Laissez-moi Umbridge," dit-il. C'est alors que je me souvins qu'il menait lui-même quelque combat contre le Ministère – la protection des enfants, peut-être. Une histoire de grand cœur, de toute évidence. Il me regardait en sirotant son thé. "Pourquoi m'avez vous fait venir ?" murmura-t-il. J'ai toujours détesté sa manière directe de parler, mais au long des années passées depuis notre dernière rencontre – plus d'une vingtaine – j'ai cessé – autant que possible – de me forcer à nier la vérité. Je refoulais fermement l'agaçante impression que je pourrais davantage apprécier la compagnie de Remus Lupin maintenant.

" - Il lui est impossible de se souvenir de qui il était, admis-je finalement. Ses souvenirs, ceux qui ont survécu, sont enfermés dans le Département des Mystères. Mais… il fait des recherches, vous savez. Il a trouvé tout ce qu'il pouvait sur ses actes. Quel –" pas monstre, pas de ma part, pas en telle compagnie. – "homme il était." Je maltraitais mon citron du bout de la cuillère. "Il ne peut pas vivre avec. Il dit que – Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter. J'ai peur qu –" Je m'interrompis, incapable de formuler ce qui m'effrayait. Remus acquiesça.

" - Je lui parlerai," dit-il. J'aurais pu le gifler pour l'impertinence de son ton rassurant.

" - Il ne se souvient pas de vous," répliquai-je dans l'intention de blesser. J'y parvins.

" - C'est sans doute mieux ainsi". Ses mots étaient lents et pesants.

" - Il doit savoir," détestai-je avouer. Il a besoin de tout savoir. Sur lui. Sur vous. Sur moi."

" - Pas tout d'un coup. "Je ne mentirai pas, mais – ce serait mieux pour lui si –"

" - Oui." J'étais reconnaissante. Nous étions d'accord sur ce point. "Pas tout d'un coup."

Remus ne répondit pas. Son regard s'était arrêté sur la porte par laquelle Severus venait de faire son entrée.

" - Il est déjà quatre heures," dis-je bêtement. J'avais un peu espéré que Remus se sente suffisamment insulté ou rejeté pour être déjà parti.

" - Il a l'air en forme." Remus me lança un regard vif, comme pour me remercier. "Voulez-vous que je me présente maintenant ?"

Je levai la main, invitant Severus à nous rejoindre. Il s'était arrêté près de la caisse et je savais qu'il s'interrogeait. Je ne prends pas le thé avec de jeunes hommes tous les jours, vous savez.

Les présentations ont quitté les rails de la bienséance quand Severus s'en est mêlé, soulevant le menton au fur et à mesure qu'il étudiait le visage de Remus.

" - Je t'ai déjà vu avant," lâcha-t-il. Remus repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille, subissant avec dignité l'examen minutieux.

" - Je t'ai veillé quand tu étais à l'hôpital expliqua-t-il, "mais tu n'étais pas très cohérent. Peut-être te souviens-tu aussi de moi à l'école – j'étais un Gryffondor. Remus Lupin."

Severus cligna des yeux, puis sourit, plutôt malicieusement. "Tu n'as pas beaucoup grandi depuis, hein ?"

" - La lycanthropie a bloqué ma croissance," lui répondit-il en souriant. J'observai Severus, cherchant à deviner ce qu'il pensait de cette créature.

Et mon cœur s'arrêta un instant .

Vous savez, peu m'importe maintenant que Severus préfère les hommes – et je le sais, parce qu'il se conduit toujours comme un enfant, cachant ses magazines et ses objets transfigurés sous son lit, et la nuit, jetant des sorts d'impassibilité éloquents. Je ne veux pas que Severus vieillisse seul. Mais il ne devrait pas avoir ces pensées là envers Lupin.

Les pensées de Remus devaient suivre le même cours car ses sourcils se froncèrent, donnant l'impression de n'être qu'une ligne. Il demanda : "Te rappelles-tu que j'ai failli te tuer, en sixième année ?"

" - J'ai conscience qu'un… incident… c'est produit."

" - Et moi seul suis en vie pour raconter l'histoire," dit Remus. Ces mots provoquèrent un léger rire chez Severus. Nous étions soudain tous assis à table et Remus servait le thé le plus naturellement du monde. "Pour être honnête," commença-t-il. Severus le coupa sèchement.

" - Rien de moins ne me conviendra."

Remus hocha la tête au dessus de sa tasse. "Je suis la dernière personne en vie qui puisse te parler de certaines choses du passé. Je ne sais pas jusqu'où s'étendent les dommages causés par Umbridge, mais –"

Les yeux de Severus se rétrécirent, lançant un regard chargé d'humour noir à Remus. "Je ne suis pas endommagé," glissa-t-il. La douceur de sa voix était alors le fourreau de quelque chose d'aussi tranchant qu'un rasoir. Remus avait dû reconnaître le challenge implicite, arquant ses sourcils d'appréciation, et son sourire devenant plus calculateur.

Remus bougea et je me rappelai soudain qu'il était ainsi, incapable de trouver quelque confort dans l'immobilité. il avait gagné en contrôle, ses mouvements étant suffisamment gracieux pour me couper l'envie de le frapper pour sa fébrilité. Je ne l'avais jamais vraiment frappé, pensai-je alors, plongée dans mes souvenirs, avec toute la nostalgie maladive incontournable. Je ne lui avait jamais adressé un mot gentil non plus. Il avait mis maintes fois mes nerfs à vif, me précipitant dans ce besoin sombre et impensable de le fustiger. Jusqu'à un certain point, je ressentais un tel anathème envers ce qu'il était, que quoi qu'il fasse, tout devenait prétexte pour fulminer.

Remus saisit un scone, lui jeta un coup d'œil, puis le reposa à nouveau. "Toi et moi, nous n'avons jamais été bons amis à l'école. Le fait que j'ai essayé de te tuer n'a rien arrangé – je suis heureux que tu sembles avoir vaincu ta peur des loups garous, d'ailleurs."

" - Il y a des choses bien pires," souffla Severus avec un mince sourire. Remus hocha vivement la tête et poursuivit.

" - Nous travaillions ensemble pendant la guerre et tu logeais dans mon appartement en été et pendant les vacances dans les années quatre vingt. Je vis à Londres," ajouta-t-il. "Tu préférais Londres à Pré au Lard. La vie nocturne, la culture et tout le reste."

Severus tapotait la nappe du doigt comme s'il relisait ses notes. "Tu étais membre de l'Ordre du Phénix."

" - Tout comme toi," répondit Remus. "Du moins la deuxième fois."

" - Je suis un Mangemort, un assassin et un espion," dit Severus, sa voix s'abaissant pour que l'on ne l'entende pas plus loin.

" - Ne veux-tu pas savoir pourquoi ?" répondit sèchement Remus. Severus croisa les bras, n'ayant de toute évidence pas prévu une telle réponse. Remus attendit un instant puis le regarda droit dans les yeux. Quel dommage, vraiment. Il avait des yeux tellement tentants. "Tu peux laisser disparaître le passé et te construire un nouvel avenir – ce que tu as l'air d'avoir réussi. Ou alors, tu peux essayer de te réapproprier ton passé, sans avoir la possibilité de prendre ce dont tu as envie et ignorer le reste. Cela, lança-t-il comme un défi, ce serait malhonnête."

" - Qui suis-je pour être malhonnête ?" Severus s'assit . "Que me proposes-tu ?"

" - Je suis libre le vendredi soir," répondit Remus lentement. "Le samedi et le dimanche, j'ai les courses et les lessives à faire – toutes les corvées de la semaine. Mais nous pourrions nous retrouver ici, pour dîner –" Sa voix flotta, teintée d'incertitude. Il observait le remue ménage dans la cuisine, des clients revenant en masse du marché.

" - Il peut venir chez nous," dis-je. "Il n'y a aucun problème. Je suppose que vous voudrez un peu d'intimité."

Remus regarda Severus, qui hocha une fois la tête avant de reprendre. "Tu peux m'envoyer une chouette à tout moment. Si tu as des questions ou si tu veux que j'amène quelque chose en particulier. Il y a encore un peu de ton barda dans le placard de l'entrée," ajouta-t-il, le regard taquin, apaisant légèrement la tension dans l'air. "Tes disques. Quelques livres. Les pattes d'éléphant que tu portais."

" - Jamais de la vie," s'indigna Severus. Le sourire de Remus s'élargit.

" - Oh mais bien sûr que si." Il présenta alors ses excuses, nous serra la main une fois de plus et se précipita dehors dans le vent rude qui se lève au crépuscule, par ici.

" - Tu est sournoise, maman." Je ramassai quelques miettes sur mon châle.

" - Est ce que ça t'ennuie ?" demandai-je, jetant un regard noir vers la tache persistante laissée sur la nappe par le pot de citrouille.

" - Non," répondit il. Je tapai la tache trois fois de ma baguette avant qu'elle ne disparaisse enfin. "Tu veux bien faire."

" - Je n'ai jamais voulu bien faire de ma vie," répliquai-je, piquée au vif. Et il rit de moi, en silence.




La première visite de Remus à la maison coïncida avec la floraison de la Osmanthus Bois du Diable bordant le chemin. Je gardais les fenêtres ouvertes, laissant ainsi entrer le parfum des fleurs alors que le feu de cheminée nous préservait de la fraîcheur. Je le vis déboucher du bout de la rue tortueuse traversant le quartier HLM puis descendant vers le vieux canal abandonné en raison de l’empoisonnement dû à l’usine de pâte à papier.

C’est l’endroit parfait pour être sorcière : le manque de confort moderne ne m’ennuie pas et le voisinage est suffisamment varié pour que nul ne prête attention à un accoutrement ou un comportement singulier. Une sorcière est une bonne voisine. Ceux qui sont au courant m’appellent pour leurs problèmes de gaz ou de plomberie. Pourtant ils sont persuadés que toute mon ingéniosité ne réside que dans un bout de ficelle ou un papier collant. L’osmanthus serait mort si je n’avais pas emménagé avant qu’ils ne le plantent (mais à quoi pensait donc la municipalité en le plaçant si loin au nord). Il était certainement bon marché, comme tout le reste.

Bien que je sois née à la campagne, j’ai passé toute ma vie d’adulte en ville, dans des demeures semblables à celle-ci. Vous savez, avoir quelqu’un qui vit à votre gauche et à votre droite, au lieu de grands espaces vides, offre un point d’ancrage. C’est rassurant. Le carré de terre près de l’arrière-cuisine me suffit : je n’ai pas besoin de plus pour quelques légumes et herbes et pour garder un poulailler.

Les façades sont toutes identiques, mais il ne faut pas avoir d’à priori. On ne sait jamais qui vit là – ni même quel cadavre est enterré dans le jardin.

Remus le savait : il faisait attention à tant de choses.

Pour cette première soirée, j’avais apporté de la boutique du riz noisette et un peu de potage du jour. Remus se présenta avec un bouquet de cosmos que je disposai dans les vases vides de la salle à manger. Les fleurs rendaient tout plus gai et accueillant et nous mangeâmes à la lumière des flammes.

Il y avait encore des traces de poudre verte dans l’âtre ainsi qu’en travers de l’un des sourcils de Lupin. Mais je n’allais certainement pas le mentionner.

Après que la table eût été débarrassée, Remus alla chercher dans son sac une boîte à laquelle il rendit sa taille normale avec soin.

" - J’ai amené tes disques, annonça-t-il à Severus. Ainsi que mon gramophone. Je me suis dit que tu n’en avais peut-être pas. "

" - J’ai des CDs, répondit froidement Severus. " Mais le respect avec lequel il manipulait les pochettes colorées était en contradiction avec le ton de sa voix.

C’étaient les premières possessions – de son ancienne vie – qu’il rencontrait. Je ne m’étais accrochée à aucun souvenir de lui (bien qu’il y ait eu cette photographie, celle d’une fête en l’honneur de ma cousine, que j’aurais bien aimé avoir encore en ma possession : Severus à deux ou trois ans, les joues rondes et l’air sérieux) et comme je l’ai déjà mentionné, tout ce qu’il possédait, il l’avait brûlé.

" - Ils étaient tous à moi ? " demanda-t-il, dubitatif, soulevant une pochette jaune et rose vif.

" - Les Sex Pistols étaient à moi, précisa Remus gentiment. Comme tout ce qui était bruyant et furieux. Tu préférais un bon rythme. Pour danser, " ajouta-t-il, faisant légèrement rougir Severus, ce que je ne connaissais pas de Severus. A part lorsqu’il avait bu.

Remus invoqua un album tâché par l’humidité et en sortit soigneusement le disque en le tenant par la tranche pour le poser sur la platine.

" - Tu te souviens de Hex ? La musique de notre jeunesse rebelle ? "

Le disque commença par des sifflements et des grésillements. Après quelques secondes, le bruit fut noyé par une fanfare de trompettes et un hurlement lugubre. Severus grimaça.

" - Par le chapeau d’Hecate. Je me souviens bien de Hex. Il ne fut jamais mon préféré. "

" - Le premier – et dernier – groupe Ska mixte du monde sorcier. Je les ai vu en concert à Land’s End lors de leur tournée « Rude to the Ministry ". Le disque se mit à sauter et Remus déplaça soigneusement le diamant de la rayure.

" - Qu’est-il donc arrivé à Hex ? demanda Severus en attrapant la pochette pour l’examiner en quête d’indices – et non pour admirer la mode. Le Two-tone était déjà d’assez mauvais goût chez les moldus, mais sur des robes sorcières, c’était une vision d’horreur.

" - Pourchassés et assassinés bien sûr ", répondit Remus d’un ton sec. Il récita le refrain en chœur avec la chanson (il avait eu le bon sens de ne pas essayer de chanter) : " Pur comme la boue dans ton sang, man , écoute les mensonges du Dark Lord et tu meurs. "

" - Profond, " sourit Severus. Il retourna la pochette de manière à permettre à Remus d’en voir les images. " Est-ce de là que j’ai tiré l’idée de tous ces surnoms."

" - Probablement, " répliqua Remus en haussant les épaules. Il était amusant de le regarder : son corps avait inconsciemment adopté le rythme de la musique et chacun de ses mouvements donnait l’impression qu’il était sur le point de se mettre à danser.

" - Nous avions tous d’atroces surnoms à l’époque. " Il bougea légèrement les pieds, et je me redressai sur ma chaise en espérant qu’il allait se ridiculiser.

" - Les dernières années de la guerre ont été une comédie de méprises. La fille que j’ai épousée, Dora… Nous avons déménagé pendant près d’un an de maisons en planques – elle était métamorphomage et je prenais du polynectar. Elle était capable d’espionner des Mangemorts éminents – être une créature maléfique était un avantage majeur, vraiment – et je pouvais semer la pagaille au Ministère dès que c’était nécessaire. Mais alors qu’elle était avait pris mon apparence, Harry Potter lui a demandé si elle savait qui était le Prince de Sang Mêlé. S’il m’avait questionné au lieu de mon double, ça aurait fait tilt, mais elle n’en avait aucune idée et n’a pas cru bon de le mentionner. Elle était trop jeune – tu as été son professeur en fait. "

" - Et qu’est-ce qu’elle fait maintenant, ta métamorphomage ? " s’enquit Severus, et ces paroles déferlant sur Remus interrompirent le flot de ses souvenirs.

-" - Elle est morte, lâcha-t-il, s’immobilisant. Elle a été blessée dans les combats et le sort a altéré ses capacités de transformation néoplasique. Si elle avait abandonné la magie, ça ne serait pas devenu cancéreux, mais –- " Il déploya ses mains en signe d’impuissance. " Elle est morte quelques mois après notre mariage. Elle n’a pas vécu assez longtemps pour connaître la paix. "

" - Je suis désolé, " dit Severus avec la maladresse qui accompagne sa difficulté à faire face aux émotions des autres. Remus lui sourit de manière rassurante. J’étais satisfaite de voir sur le visage de Severus qu’il n’appréciait pas plus que moi son sourire.

" - Mets un autre disque, je commence à avoir mal à la tête, ai-je demandé, " bien que ce soit les mots plus que la musique qui me dérangeait – le chanteur entonnait une liste de lieux où l’on avait aperçu la Marque des Ténèbres et les noms des morts, le tout ponctué par des cuivres gémissants. Le morceau avait, c’est bien dommage, un rythme irrésistible sur lequel j’imaginais sans mal des garçons au crâne rasé danser, dans des salles sombres aux portes gardées par des veilleurs armés.

" - La chanson arrive aux Lupins, " objecta Remus en souriant. Mais il retira le disque et le rangea. " Quel genre de musique aimez-vous ? "

" - Traditionnelle. Mais pas les niaiseries de la radio c’est très bien comme tu as mis. "

" - Mmm, marmonna Remus en fouillant la boîte, The Pogues ? "

" - Il n’est pas question que tu divertisses ma mère avec ‘Rum Sodomy and the Lash’, "intervint Severus. Le regard de Remus était intense – suffisamment pour lui faire baisser les yeux vers les disques.

" - Je te prie de bien vouloir m’accorder un point pour n’avoir fait aucun commentaire sur tes paroles, répliqua Remus d’une voix basse et chargée d’un amusement réprimé. Tiens – Le premier album de Tooth Mother’s. Elle a quelques versions intéressantes de chansons-sortilèges. ‘Tresse un ruban dans tes cheveux’, ‘sors le chat noir’, ce genre de choses. "

" - Bien, " lui accordai-je. La musique était inoffensive, bien que la voix de la chanteuse fût trop nasillarde à mon goût. « Je vais sortir la tourte du four. " Je n’avais pas besoin de demander à Severus de dresser la table : il avait magiquement dressé assiettes et couverts et Remus vint préparer du thé dans la cuisine.

Il fut un temps dans sa jeunesse où il avait appris les bonnes manières puisqu’il s’arrêta sur le pas de la porte et demanda la permission d’entrer. Dans l’ancien temps, c’était une marque de respect envers la sorcière de la maison, la cuisine étant au cœur de toute magie.

La tourte donna un peu de fil à retordre pour passer du moule au plat et il restait encore la crème à fouetter. Remus ne cessait de parler – je sais bien que je le lui avais demandé, mais cet homme ne se taisait-il donc jamais ? – de la guerre et de ce temps là.

" - Tu ne dois pas croire que c’est uniquement ta faute, disait-il quand je sortis la tourte. Imagine une tapisserie paraissant entièrement blanche parcourue par un unique fil rouge. C'était ton rôle pendant la guerre, et c’est ce qui te paraît le plus évident en ce moment. Mais tous les autres fils sont aussi colorés. C’est ce que tu ne vois pas. " Il se leva pour servir le thé. "J'admets que je ne veux pas m'y attarder. La première guerre, quand nous étions jeunes, n’était que peur et méfiance, mensonges des journaux et rumeurs derrière des portes closes. Des morts marchant dans les rues en plein jour. Le Gouvernement recrutant les étudiants leur ASPIC à peine passé, et un peu plus tard quand les baguettes vinrent à manquer, dès leur BUSE. Et évidemment, Voldemort faisait de même. " Il secoua la tête comme pour se débarrasser de ces souvenirs mais aussi pour signaler à Severus de ne pas en demander plus pour le moment. Il détourna résolument l'attention sur la tourte pour laquelle il me complimenta ; avec sincérité, ai-je pensé, alors qu’il avait essayé de me soutirer par deux fois la recette de la pâte de mon arrière-grand-mère (il faut utiliser du saindoux fraîchement fondu).

" - Ca n’excuse pas – " commença Severus que Remus interrompit d’un regard.

" - Bien sûr que non. " Il s'empara d'une cerise, noire et fumante, et souffla dessus à deux reprises avant de la glisser dans sa bouche. " Parle-moi de ce que tu fais maintenant, avec les ordinateurs. "

Severus se laissa aller contre le dossier de sa chaise et donna sa réponse standard en deux phrases sur les ordinateurs et les modèles de liquéfaction et de supersaturation de terre.

La fourchette de Remus s’arrêta à mi-chemin entre son assiette et sa bouche et ses sourcils se soulevèrent, révélant une ride traversant le milieu de son front. " Je n’ai pas l’impression qu’il y ait un marché pour ça au Royaume-Uni, " dit-il sur un ton qui laissait entendre qu’il attendait des arguments convaincants, ce que Severus fut ravi de lui offrir. Tout au long de la description de son travail, il eut l’air satisfait, et il mentionna la conférence approchant, au Mexique. Remus, quant à lui, avait reposé sa fourchette et s’était penché en avant, les coudes sur la table et les bras croisés sur la table, comme un enfant trop sage admettant son ignorance. Mais ses questions étaient intelligentes et démontraient qu’il serait heureux d’apprendre. Enfin, après une digression sur l’utilisation des pâtes (les cheveux d’anges, non pas les macaronis) dans les simulations de séismes, il demanda à Severus quel était l’intérêt de l’étude.

" - Je trouve fascinant que ce soit la boue dans son fondement qui achève des civilisations," répondit-il lentement. Et si c'était de l’humour, il aurait été terriblement noir. Il haussa les épaules. " Je trouve également les ordinateurs moins contrariants que les êtres humains. " Il lança un regard noir à Remus. " Essaierais-tu de m’attendrir ? Inutile. "

Le visage de Remus était toute une étude : douleur et consternation mêlées à une amère compréhension. " J’essaie de rattraper le temps perdu avec un vieil ami que je n’ai pas vu depuis des années, expliqua-t-il, et il est facile d’oublier que tu – " Il s’interrompit. " Tu parles exactement comme avant . Comme tu l’as toujours fait. "

" - Et tu as l’air d’un idiot, Lupin, " cracha Severus, se maîtrisant, et je me dis que si leur discussion atteignait un point critique Severus était bien capable de mettre Lupin à la porte. Mais je l’avais sous-estimé. Il recula sa chaise et lança à Remus un de ces regards qu’on adresse à une pilule trop amère. " Je dois descendre les poubelles, " dit-il – ce qui était vrai puisque les éboueurs n’allaient pas au-delà de la courbe de la rue : nous devions descendre nos déchets jusqu’aux bennes des grands immeubles.

" - Je vais t’aider, " proposa Remus, acceptant ainsi l’invitation implicite et parvenant à garder un air sérieux en comptant qu’il n’y avait qu’une caisse de boîtes de conserves vides et un petit tas de journaux à amener (Il n’y a pas de ramassage prévu pour le Daily Prophet mais il est assez simple de le transformer en journal local moldu après l’avoir lu).

J’étais résolue à ne pas écouter quoi que ce soit de leurs conversations privées. Je ne voulais rien savoir sur les actes de Severus pendant la guerre, Voldemort et le Mangemorts, les plans brillants qui avaient fatalement mal tourné et les morts, bien sûr. J’essayai vraiment de ne pas surprendre leur conversation, mais ils s’étaient arrêtés au portail, entre l’osmanthus et la fenêtre ouverte. Je faisais du bruit avec la vaisselle, mais en vain ; je ne pouvais empêcher leurs voix de porter.

" - Non, disait Remus à voix basse, bien que ça ne servit à rien. Tu n’as ni femme, ni maîtresse cachée dans l'armoire. Tu es un homme libre – et tu étais gay quand je t’ai connu. Donc pas d’enfants non plus. " Il y eut un long silence, troublé seulement par le bruit d’un pot d’échappement dans la rue. Je couvris ma bouche de ma main pour étouffer un rire de surprise. Ils ne parlaient pas de mort mais de sexe – je ne voulais pas non plus entendre cela. " Il n’y a pas de problème, " reprit enfin Remus comme pour répondre à quelque chose que Severus aurait exprimé sans mots : surprise, colère ou peur ? « Ce n’était pas de notoriété publique. Ta mère sait. Savait. Es-tu toujours - ? " demanda-t-il. Severus lui adressa sèchement un juron. " Ca ne m’ennuie pas, assura-t-il, ça ne m’a jamais ennuyé. "

" - Circé en porte-jarretelles ! " s’exclama Severus. Et je l’imaginai sans peine, une, voire les deux mains emmêlées dans ses cheveux. " C’est ça que je faisais, en te rendant visite dans ton appartement à Londres pendant les vacances, libérer ma sexualité ? "

" - En grande partie, répondit Remus. J’ai bien peur que Hogsmeade n’ait pas eu de grand intérêt pour ce genre de choses. Je vis à quelques pâtés de rues des clubs. L’appartement appartenait à Sirius Black, ajouta-t-il. Je l’ai volé, s’il est possible de voler un appartement, bien qu’il me l’ait vendu pour dix gallions à sa sortie d’Azkaban à condition que je fasse de sa cousine une femme honnête. Les clubs sont toujours au même endroit, dit Remus non sans hésitation. Si jamais tu avais envie d'y passer le week end. "

" - Non, " rugit hargneusement Severus, comme à travers ses dents serrées.

" - Non, " répéta Remus après un instant, et soudain de l’autre côté du canal les cloches de l’église se mirent à sonner minuit. " Je devrais y aller. " Il y eut une pause et des bruits de lutte : Remus agité et Severus sombre sans doute. " Viens ici, " dit Remus. Puis il y eut comme un bruit doux ; pas vraiment un bruit en fait, plus quelque chose comme l’impression d’un ressort qui se détend. Je ne me serais pas abaissée à les espionner, mais je pouvais les voir, la lumière du lampadaire derrière eux, en arrosant mes pots de lierre du diable. Les bras de Remus encerclaient Severus. Ils étaient raides : une étreinte comme celle de footballeurs ou de frères. Severus était rigide. Cependant, en retirant une feuille flétrie je vis sa tête s’incliner, juste assez pour que ses cheveux se mêlent à ceux de Remus.

" - Tu m’as manqué mon salaud, dit Remus à la manière d'un merveilleux jour d’automne porteur de mélancolie. Ou à la manière dont le doux parfum de l’osmanthus me rappelle toujours le froid et le givre. Il fit un pas en arrière, à nouveau agité, et Severus ne parvenait pas à le regarder. " Je te laisse la musique. La prochaine fois j’amène les pattes d’eph’. "

" - Va chier, " répondit Severus. Remus rit et ouvrit la porte pour récupérer ses affaires et rentrer par le réseau de cheminées. Il remarqua que la fenêtre était ouverte. Mais il ne dit rien.





Nous nous installâmes dans cette routine tous les vendredis soirs. Après le coup de feu du dîner, Cécile passait souvent chez nous, insistait pour que Remus amène le gramophone et danse. Il se pliait généralement à sa demande sans être aussi ridicule que je ne l'aurais supposé – sans pour autant accepter ses inévitables invitations. Je dansais avec Cécile ou Severus, voire pas du tout.

Lorsque Lucy Cattermole passait, les garçons se retiraient dans la chambre de Severus après avoir fini la vaisselle. Ils discutaient où écoutaient leur musique de leur côté pendant que nous nous plaisions à parler de nos maux respectifs. Remus partait toujours précisément à minuit cinq, cédant d’abord la cheminée à Cécile ou Lucy – ce garçon a vraiment de bonnes manières.

Cette nuit là, Lucy et moi finissions de discuter de nos souvenirs de brûlures et abordions à peine le sujet des misères des poils de nez – nous avions depuis longtemps achevé notre deuxième verre de sherry – quand la musique s’interrompit sur un horrible bruit semblable à celui d’un gramophone s’écrasant avec violence contre un mur.

Nous entendîmes d’abord Severus, mais Remus se mit rapidement à parler en même temps jusqu’à ce qu’ils en viennent à crier.

" - Seigneur, " s'écria Lucy, aussi alerte qu’un chien de chasse sur une piste. Elle sauta sur la chaise propulsée par ses bas anti-varices. La gymnastique chinoise semblait miraculeuse : elle s’étira jusqu’à se trouver sur la pointe des pieds et donna un léger coup de baguette au plafond. Les voix étouffées étaient maintenant aussi claires que celles de la radio.

" - -- et tu n’as pas trouvé important -- " 

" - -- j’étais inquiet pour toi, idiot de -- " hurla Remus en retour. Puis il y eut de nouveaux bruits de chocs et de bris.

" - Tu m’as menti, " répliqua Severus d’une voix si basse et mauvaise qu’elle avait plus d'impact qu’un rugissement.

" - J’avais un plan, expliqua Remus qui paraissait soudain las, vieux et vaincu. De toute évidence, je n’étais pas préparé à la possibilité que tu développes des sentiments pour moi. "

Je m’obligeais à regarder Lucy, à détendre mes mains dont les jointures étaient blanches à force de serrer la table. " Il fut un temps où il étaient amants, " expliquai-je. Au même moment, à l’étage, j’entendis les pas de Remus alors que Severus demandait d’un ton que personne ne considérerait comme froid : " Et à quel moment de ton plan comptais-tu me le dire ? "

" - En avril, répondit Remus fermement. Nous avons une sorte d’anniversaire en avril, même si nous nous sommes séparés au bout de dix ans à peine. "

" - Non, poursuivit Severus perdu dans sa colère. Tu avais ta femme. Et moi les homme que je rencontrais dans des clubs. "

" - Oui, cracha Remus. En 1986, elle était encore à l’école et j’en ai finalement eu assez de ton défilé d’amants. "

" - Non, répéta Severus. Non. "

Un craquement comme une explosion fit frémir les herbes séchant le long du plafond.

Je jetai un rapide Finite et trébuchai en me levant pour préparer du thé.

" - Lupin est un loup-garou, avouai-je en jetant quelques cuillères de feuilles dans la théière et m'arrêtant, soudain incapable de me souvenir de l’étape suivante. Jure le moi sur ta baguette – rien ne doit sortir d’ici, Lucy. "

Cattermole, impatiente, appela la théière à elle et y ajouta de l’eau bouillante de la bouilloire. Le thé infusant, elle leva sa baguette et traça un X dans l’air, juste au niveau de son cœur. " Tu es tellement gamine parfois, Lena. Je suspectais le jeune Lupin à son air particulier. Il le porte bien. Mais ce ne sont pas nos affaires. "

" - Lorsqu’ils avaient seize ans, murmurai-je en dépit de la dispute qui battait toujours son plein à l’étage, ils se sont trouvés à l'école, en quelque sorte. Ils ont découvert qu’ils étaient, qu’ils étaient -- "

" - Les deux seuls garçons gays d'Ecosse ? " suggéra Lucy en agitant un doigt osseux vers le placard. J'attrapai deux tasses et essayai de ne penser ni au cataclysme à l’étage ni à écouter les voix.

" - On n’en parlait pas plus qu’on ne le tolérait à l’époque, " répliquai-je sèchement en m’asseyant à nouveau.

" - Pour ne pas se faire dérouiller, peut-être, " ajouta Lucy d’un sourire entendu. Le thé me brûla la langue, détournant mes pensées, me distrayant de mes instincts hurlant qu’on ne devait pas parler de "ces choses-là".

" -  Les amis de Lupin ont piégé Severus. Ils l’ont poussé à se rendre à l’endroit où il se transformait. Il aurait pu être tué… il les détestait tous. Lupin plus que les autres. Mais il refusait de le laisser partir. Severus a trouvé un vieux sortilège. Certains prétendaient que les loups-garous l'utilisaient lorsqu'ils se mariaient, pour protéger leur compagne de leur agressivité naturelle. Lorsque les épouses étaient échangées entre clans de loups-garous, ce sort était jeté pour empêcher toute possibilité de trahison. Il rendait l’objet du sort plus désirable que leur propre vie, disait-on. Le loup-garou allait jusqu'à mourir pour protéger sa femelle - ou préférait se tuer, s'il échouait. Je l'ai lu il y a bien longtemps… Severus a exigé de Remus qu'il lui jette ce sort en signe de pénitence ou pour se venger ou – qui sait ? Pour que Remus ne soit plus jamais capable de se retourner contre lui. "



Lucy sirotait son thé. Je me raccrochai à son calme comme à l’œil d’un cyclone. Elle reposa enfin sa tasse avec un bruit décisif. " Les loups-garous s’accouplant pour la vie, c’est une histoire de bonne femme. "

" - Sans doute, oui, admis-je en riant presque de toute cette absurdité, et non parce que rires et larmes sont si proches. Peut-être était-ce psychosomatique. Peut-être était-il aveugle, mais Lupin suivait Severus comme un chien. Assis. Aux pieds. Supplie. " Severus était fier de son pouvoir, jusqu’à ce qu’il le trouve fastidieux. J’avais tout un chapelet de surnoms pour Lupin en ce temps là : idiot, benêt, fou, bête. Il vendait sa liberté pour si peu. Et en échange de quoi ? Par chantage non par respect ; et par peur, non par amour. Mais je ne l’ai jamais autant détesté que lorsqu’il a finalement rompu ses chaînes.

" - C’était peut être de l’amour, avança Lucy. Et je ris toute retenue brisée, comme une noix dans un étau.

" -  Ils n’avaient que seize ans –encore des enfants. Le directeur de a joué de toute son influence pour les garder éloignés l’un de l’autre quand il a eu vent de leur histoire – oh, il était furieux ! Il nous a tous réunis dans son bureau. Leur comportement était parfaitement prohibé. J’ai cru que Severus serait renvoyé. Tobias -- " ai-je commencé. Je tressaillis. Je n’avais pas prononcé ce nom une seule fois en plusieurs décennies – " m’en a rendue responsable. Severus n’est plus jamais rentré à la maison – le bain de sang aurait été inévitable.  En fait, le bain de sang a bien eu lieu, mais pas celui de Severus, comme vous le savez. J'entourai la tasse de mes mains. « C’était la mort de mon dernier espoir, qu’il m’emmènerait. Au lieu de ça, il m’a laissée trouver mon propre chemin vers la liberté, comme je pouvais. » Mon visage devait être livide. « Je me rends compte à quel point j’étais égoïste. Je le suis. »

Peu importaient les commentaires que Lucy était sur le point de faire. Ils restèrent inexprimés quand Remus dévala les escaliers quatre à quatre, écarlate, bafouillant mille excuses pour le bruit et s’empêtrant de mots rassurants :

" - Tout va bien… Vraiment ! … Peut-être après tout, ce n’est pas une très bonne idée. Je suis désolé…
Oh la la ! ! Regardez l’heure ! Je dois vraiment y aller … "

Je regardais la suie retomber dans la cheminée avant d’emmener à l’étage la théière dans une main et deux tasses dans l’autre, ce qui me força à frapper à la porte de Severus à l’aide du genou.

" -  J’amène du thé, " dis-je. Et la porte s’ouvrit d’elle-même.

Severus était assis sur le sol, entouré par un océan de fragments de plastique noir, un air de concentration intense sur le visage. Il ne leva même pas les yeux mais les garda fixés sur les deux morceaux sous la pointe de sa baguette. Je les regardais frémir légèrement puis se réunir.

" - C’est un cauchemar, commença Severus sur un ton de conversation bien qu’il fut livide. Tous les disques sont parfaitement identiques. Ce sont les microsillons qui font la différence. Trompe-toi une seule fois et tout est fichu. "

Je fis de la place du bout du pied et m’assis à côté de la boîte vide du gramophone : tous ses rouages, ses fils et ses petites pièces avaient étés arrachés et éparpillés. Je tendis du thé à Severus. Il le regarda surpris.

" - Fallait-il que tu les brises tous ? "

Il laissa échapper un léger souffle, à peine un ricanement. " Tu n’as pas idée à quel point c’était jouissif sur le coup. "

 

" -  J’en ai parfaitement conscience, " répondis-je. Severus passa le dos de sa main sur son front. Je ramassai deux pièces au hasard et testai leurs bords, comme un puzzle. Ils ne s’emboîtaient pas. J’essayai avec deux autres. Encore et encore.

" - Je devrais tout jeter, " grommela Severus.

Je trouvai finalement deux morceaux s’assemblant et les tint au creux de ma main en formulant Reparo. Je déposai les pièces réparées sur le sol et en pris deux autres. Après une longue minute, Severus fit de même et je relâchai le souffle que j’avais inconsciemment retenu.

Pas moins de cinq heures furent nécessaires mais nous finîmes. Certains disques étaient irréparables : moins que des bris, ils n’étaient qu’échardes et poussière. Severus les mit de côté avec leurs pochettes. L’une d’entre elles était celle de l’album de Hex que Remus avait passé le premier jour. Severus glissa le doigt le long de l’arête triangulaire creusée dans la bordure.

" - Ce morceau est probablement resté planté dans la chaussure de Lupin, " ai-je conclu après avoir balayé sous le lit et le tapis avec mon vieux FireStar.

" - Il est irremplaçable, " pesta Severus en plaçant le disque sur le haut de la pile.

" - Il ne reviendra pas ici. Tu le sais, " lâchai-je en tirant les rideaux pour laisser rentrer l’air frais. Les étoiles brillaient au dessus de la vieille usine à papier. " Il faut que tu ailles à lui. C’est à toi de faire le premier pas. "

" - Je l’ai blessé,  maugréa-t-il en plissant les sourcils pour m’empêcher de poursuivre mes commentaires. Pas ce soir. Avant. Quand nous étions – quand nous -- "

" - Quand vous étiez amants, " finis-je. Le dire devenait aisé à force de répétitions.

Severus tiqua.

" - Je ne me souviens pas, dit-il. Mais il refuse de m’en parler alors qu’il ne m’a rien caché d’autre. A quel point est-ce important ou grave ? Je l’ignore.  Il a dit qu’il m’aimait. Je ne me souviens pas. Je pense que… même si mes souvenirs revenaient, je ne me souviendrais pas de l’amour – seulement des humiliations et de la suspicion. Seulement le poison. " Il était pâle et vacillait légèrement : même si chaque jour amène le soleil, parfois le mauvais temps nous prive de sa chaleur. Une éclipse le masque complètement. Parfois, c’est un soleil éclatant d’été qui devient subitement qu’une pâle lueur à travers des nuées d’orage.

" Est-ce que j’en suis désolé ? réfléchit-il. L’échec d’une relation dont je ne me souviens même pas est ce que je regrette le plus. Pathétique. "

" - Pratique, commentai-je en retournant le balai pour qu’il époussette le plafond. " Tu ne peux ni ressusciter les morts, ni effacer la marque de Voldemort de ton bras, ni défaire ce qui est fait. Tu peux simplement lui dire que tu es désolé. Il a dû arriver chez lui, si tu veux y aller maintenant."

" - Le soleil n’est même pas encore levé. "

" - Amène lui donc quelque chose – coupe des fleurs du jardin, ou apporte du thé ou – un disque. " Je regardai le lit, recouvert d’albums. " Le français là, me paraît renversant. "

" - Tu es folle, " geint Severus toujours aussi abattu déclenchant en moi l’envie de trouver un quelconque objet pointu pour l’aiguillonner.

" - Je le sais bien, lui sifflai-je en me redressant et rejetant les épaules en arrière. Je me le répète chaque jour de ma vie. Mais jamais plus juste que le jour où j’ai mis les pieds à St Mangouste pour te ramener à la maison. ‘Eileen Snape’ me suis-je dit, ‘tu es complètement folle. J’aurais pu prendre un chat à la place, tu sais, annonçai-je en le regardant à travers la poussière tombant du plafond. "

Severus grommela. " Je n’ose même pas imaginer Remus avec un chat." Il me fixait et soudain je me rendis compte du nombre de questions qu’il ne m’avait jamais posé. " Quel que soit le lien qui nous a unis – Remus et moi – il tient encore à moi. Il dit qu’il le ressent toujours, une… compulsion, ou une dépendance. Je ne sais pas si on peut appeler ça de l’amour. "

" -  Je ne crois pas, non. Lui non plus, d’ailleurs. Tu devras mériter l’amour – et ce sera deux fois plus difficile, car il doutera de chaque sentiment qu’il éprouvera à ton égard. Tu ne pourras jamais te relâcher. Après tout, il a montré qu’il était capable de vivre sans toi. "

" - Tu es étrangement cérémonieuse, " lâcha Severus tellement brusquement que je ne sus s’il s’agissait d’un compliment ou d’une insulte. Plus probablement le second. Des cérémonies primitives dont les monstres sont issus. Je lui donnai alors la théière et le premier disque de la pile la plus proche et le poussai au rez-de-chaussée à coup de balais, jusqu’à la cheminée.




Et me voilà assise là, ce matin, fatiguée mais pleine d’une énergie inconstante qui donnait un air excentrique à mon tricot. J’ai cuisiné une tourte, mais je n’ose pas mettre le couvert. Superstition déguisée en fonctionnalité. J’attends que les flammes s’élèvent en spirale. J’attends d’accueillir Severus à la maison, bien que je sache que sa vie est en pleine mutation. Cécile a toujours admiré mon osmanthus. Peut-être lui proposerais-je une chambre si Severus déménage. Il devra revenir au moins une fois, me dis-je, ne serait-ce que pour me rendre ma théière.

Il y a près de cinquante ans, ma grande soif d’amour m’a conduite sur de sombres chemins, vers une lente et venimeuse asphyxie, jusqu’au point où le seul avenir possible était l’inéluctable certitude de ta mort. Tu avais tort, tu sais, de me traiter comme tu l’as fait. J’ai eu tort – puérile et égoïste que je suis– de ne pas partir, tout simplement. Mes pensées envers toi, à ce jour, sont écarlates de violence. Nous ne pourrons plus jamais nous réconcilier ni même voir nos chemins se séparer, maintenant. J’avais espéré un avenir différent. Tu fais partie de moi.

Pendant vingt ans j’ai survécu comme si j’étais dans un désert stérile de toute émotion. Mon corps trouvait la paix dans la monotonie des rituels quotidiens qui me gardaient en vie en dépit de l’absence d’amour. Le traître. Je mangeais, dormais, travaillais, jardinais et tricotais quand j’avais un moment de libre.

L’année dernière, mon désert affectif s’est transformé en une forêt vierge vivace et sauvage, dont branches et feuilles s’élevaient du sol jusqu’au soleil sous le pouvoir d’une force bien au-delà de la mienne. Il était douloureux de pouvoir espérer à nouveau. Il était douloureux d’aimer cette sauvage liberté sans céder à des peurs étouffantes.

L’année prochaine… Quelle énigme pour moi derrière ces simples mots ! Viendront-ils dîner pour Noël ? Partirons-nous en vacances à l’étranger, au soleil sur les plages du Mexique, escalader des montagnes ? Il est étourdissant de penser que plus rien ne sera impossible. Peut-être dans quelques années laisserai-je Remus Lupin me prendre dans ses bras et déposer un baiser sur ma joue. Mais je ne lui permettrai pas de m’appeler Mère. Peut-être – un jour – dirai-je à ton fils où tu es enterré.

Peu avant midi, les flammes tourbillonnent d’un vert émeraude alors que je m’étais presque complètement assoupie. Je me lève et brosse la poussière de mon tablier. Et lorsqu’ils entrent, l’un après l’autre, je les accueille en souriant.




The End


Voic le lien vers l'épilogue
Tags: auteur : loreleirocks, fanfic, hors défi, ss/remus, traduc
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